Il se trouve quelque chose de spécial dans les premiers mots que l’on apprend. Une chanson chantée par un parent ou grand-parent, une expression souvent répétée ou une histoire racontée. La langue est bien plus qu’un moyen de communication. Elle porte une histoire, une culture et une identité qui se transmettent d’une génération à l’autre.
Pour les communautés francophones vivant en situation minoritaire au Canada, préserver et transmettre le français demeure une mission essentielle. Mais comment cette transmission se fait-elle aujourd’hui, et quels sont les défis que doivent relever les communautés francophones afin de préserver leur langue ?
La famille est souvent le premier endroit où la transmission commence. Les conversations de tous les jours, les histoires et les traditions familiales permettent de créer un lien fort, non seulement avec les membres de la famille, mais aussi avec la communauté. Plusieurs femmes, notamment les mères, les tantes et les grands-mères, jouent un rôle important dans la transmission, ce sont souvent elles qui gardent la langue vivante à travers plusieurs manières, que ce soit l’art, l’éducation et la lecture.
La présence de l’anglais dans la vie quotidienne peut toutefois rendre cette transmission plus difficile. Les médias, les réseaux sociaux, les séries télévisées et certains environnements sociaux favorisent souvent l’usage de l’anglais. Dans ce contexte, garder une place active pour le français demande un engagement continu de la part de la communauté. Il est ainsi important de valoriser les médias et espaces francophones, qui permettent aux jeunes et aux adultes de mettre en avant leurs talents et leurs voix.
Les écoles francophones jouent aussi un rôle essentiel. Elles offrent aux jeunes un environnement où ils peuvent apprendre, socialiser et se retrouver autour des personnes qui partagent la même culture et les mêmes valeurs. Les sorties scolaires et les activités culturelles, artistiques et communautaires contribuent beaucoup. Il reste toutefois important de continuer à créer des espaces accueillants et d’offrir des occasions qui font rayonner la francophonie et permettent aux futures générations de mettre en valeur leur identité francophone.
Cette réalité, je la porte aussi, à travers mes propres expériences. Je suis guinéenne et ma langue maternelle est le pulaar. J’ai fait l’école secondaire au Canada, dans un environnement où la majorité parlait anglais. Malgré cette réalité, mes parents ont toujours continué à m’apprendre le pulaar à la maison. Cette habitude m’a permis de garder le lien avec ma culture, de m’épanouir et d’interagir avec d’autres personnes qui ont vécu les mêmes expériences que moi. Un souvenir qui me marque particulièrement : chaque fois que mon père me salue en pulaar en disant « on jarama » (bonjour), j’ai tendance à répondre « bonjour » ou « hello ». Mais à chaque fois, il m’encourage à répondre en pulaar. C’est une interaction simple, mais qui illustre bien la valeur et l’impact qu’une langue peut porter : elle rassemble, unit et renforce les liens qu’on entretient avec nos proches.
Au fond, la transmission d’une langue commence souvent par des gestes simples, mais elle continue de vivre à travers l’engagement et l’encouragement des familles, des écoles et des communautés.
Hadiatou Diallo – Agente aux communications